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1/24/2005

Le 23 janvier 2005: un vrai tournant pour le mouvement pro-vie

Beaucoup des participants à la manifestation pro-vie du 23 janvier étaient jeunes. Trop jeunes pour avoir participé aux trois précédentes manifestations pro-vie d’ampleur comparable : la manifestation des 13 ans de la loi Veil en 1988, la « Fête pour la Vie » de 1991 et la manifestation des 20 ans en 1995.

J’ai participé aux quatre manifestations, et ce qui s’est passé hier marque un tournant. Enfin, le mouvement pro-vie a trouvé son « ton », son message, son discours.

La manifestation de 1988, organisée par l’AOCPA, était encore dans le sillage de celles des années 1970, les participants relativement âgés. Je me souviens de Michel Raoult appelant les « jeunes » à se porter en tête de cortège pour présenter un visage favorable pour les média. C’est bien la preuve qu’ils ne constituaient pas le gros des troupes. La marche devait être silencieuse, ce qui était une erreur : la nature ayant horreur du vide, des slogans ont été repris, différents selon l’endroit de la manifestation. Ici, des « Barzach assassin » peu télégéniques, là des cantiques, mais rien d’unificateur. On repartait de la manifestation avec le sentiment du devoir accompli, mais un rien démoralisé.

La manifestation de 1991 devait être une journée festive pro-vie au Trocadéro. Mais les organisateurs (regroupés autour des AFC) avaient voulu « ratisser large » : des gens comme Georgina Dufoix et Patrick Baudry figuraient dans le comité de parrainage. Très bien. Sauf que, pour ne pas heurter, le message de la journée avait été édulcoré au point d’en être illisible. Il n’était pas question de parler d’avortement. On repartait de la manifestation en ayant l’impression d’avoir perdu son temps.

La manifestation de 1995 était à bien des égards une réussite. Outre les mouvements pro-vie, les AFC et Famillle chrétienne avaient mené une campagne active pour son succès. Le message était cette fois clair, de nombreuses familles étaient présentes. Mais l’unité semblait s’être faite surtout autour de la personne de Christine Boutin, qui avait suscité la création de l’association organisatrice, l’Union pour la Vie. Une implication du mouvement pro-vie avec un parcours politique donné qui s’est payée dans les années suivantes : les politiques sont, et c’est normal dans une certaine mesure, dans le monde du compromis. Ils ne peuvent durablement prendre la tête d’une action pro-vie. Cette manifestation de 1995 n’a donc pas eu de lendemain.


Ce qui s’est passé le 23 janvier est nouveau, et différent. La manifestation, par sa jeunesse, son unité, son enthousiasme, ne ressemblait à aucune des manifestations passées.
Cette manifestation a souffert d’un handicap important : le désengagement des AFC et même de l’Alliance pour les Droits de la Vie, qui disent préférer maintenant agir de manière plus subtile. Les AFC en particulier prennent, par ce comportement timoré, un risque majeur: s’ils n’affichent pas publiquement leurs convictions pro-vie, sous prétexte d’agir « en souterrain », ils ne seront bientôt plus une organisation pro-vie du tout.

Mais ce handicap initial a été une chance. Peut-être le nombre de participants à la manifestation en a-t-il marginalement souffert. Mais le noyau dur des mouvements pro-vie, puisqu’il ne restait plus qu’eux, a eu les mains libres pour que ce soit cette fois une vraie manifestation pro-vie, où l’on ose parler d’avortement. Le message était clair dans être sinistre, il était positif sans être édulcoré.
Et les organisateurs, soucieux de « cadrer » ce message sous un jour moderne et branché, n’ont pas pour autant été paralysés par ce souci de respectabilité qui fait entrer dans une dialectique suicidaire. Celle qui fait craindre à chaque mouvement d’être vu en compagnie de celui immédiatement « à sa droite », d’une association plus « dure » ou plus activiste que lui. SOS Tout-Petits a ainsi été mis à l’honneur et vivement applaudi, et non pas caché comme un vieil oncle qu’on relègue en bout de table. Bravo.

Les participants à la manifestation se sont quittés à regret. Et ils n’ont pu qu’avoir le sentiment qu’une nouvelle dynamique pro-vie était née. Mais peut-être leur enthousiasme aura-t-il été tempéré par le relatif black-out médiatique qui a entouré le défilé : rien aux JT de 20 heures de TF1 et France 2. Qu’ils se rassurent : les média traditionnels, par ce genre de comportement, creusent leur propre tombe. A l’heure de l’internet, le monopole médiatique s’effrite, et s’effondrera dans les années à venir. Et les gens, comme aux Etats-Unis, se tourneront en masse vers des média nouveaux, qui ne seront plus sous la coupe d’une minorité de gauche. Déjà, l’internet a contribué pour beaucoup au succès de la manifestation, et la sur-représentation des jeunes parmi les manifestants en est le témoignage. Combien de manifestants en effet étaient venus après en avoir entendu parler sur un forum, par e-mail, ou sur l’excellent site de la coordination organisatrice ?


Oui, la manifestation d’hier a sans doute été un tournant. Tant pis pour ceux qui n’en étaient pas : ils pourront rejoindre le mouvement en cours de route dans les années à venir. Pendant des années les évêques américains ont eux aussi gardé leur distance avec un mouvement pro-vie, considéré avec méfiance. Puis ils ont rejoint, et le 22 janvier l’archevêque de San Francisco – une ville 83% à gauche – défilait en tête d’une manifestation pro-vie dans les rues de sa ville. Ce sont les laïcs qui ont montré la voie, comme ils doivent la montrer en France. C’est ce qui s’est passé hier, et c’est beaucoup plus important que n’auraient été quelques secondes d’images au 20 heures de TF1. Et c’est le plus bel hommage posthume qui eût pu être rendu à Michel Raoult.


1 Comments:

  • At 11:26 PM, Anonymous Anonyme said…

    besoin de verifier:)

     

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