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5/23/2005

8 raisons de voter "non"

FORUM DES CHRÉTIENS POUR L’EUROPE

REGARD CHRÉTIEN SUR LA CONSTITUTION EUROPÉENNE


Les 8 enjeux majeurs

Le 29 mai, les Français seront appelés à faire un choix décisif pour la France et l’Europe : ils devront dire oui ou non à la proposition de Constitution européenne. Ce texte comporte des aspects positifs (respect des droits de l’homme, reconnaissance des religions…) qui peuvent inciter à voter oui, comme certains évêques ont recommandé de le faire. Toutefois, c’est à chacun de se déterminer en conscience d’autant plus que « l’Eglise n’a pas qualité pour exprimer une préférence en faveur de l’une ou l’autre solution institutionnelle ou constitutionnelle de l’Europe. » (Jean-Paul II)1. « L’épiscopat ne peut pas donner une consigne de vote » a rappelé Mgr Brincard2, aussi faut-il examiner consciencieusement le contenu de cette « Constitution » pour avoir un regard plus éclairé. Or, pour huit points majeurs celle-ci semble en contradiction avec plusieurs principes fondamentaux de l’enseignement social de l’Eglise.

1. Ecclesia in Europa
2. Evêque du Puy en Velay, « L’Indépendance », avril 2005


8 GRANDES RAISONS DE VOTER NON

1► REFUS DE L’HÉRITAGE CHRÉTIEN

Préambule : « s’inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe … »
Refuser de mentionner l’héritage chrétien de l’Europe, c’est révéler « une tentation autoritaire de réécrire l’histoire. » (Mgr Tauran)1 Cette attitude traduit une volonté laïque militante. En effet, le christianisme a façonné l’Europe. « Il s’agit d’un simple fait de l’histoire. (…) Se taire sur cette réalité est une chose très étrange et aussi dangereuse. (…) Je crains que derrière cette opposition se cache une haine de l’Europe contre elle-même et contre sa grande histoire. » (Cardinal Ratzinger)2 En aucun cas, « on ne peut renoncer aux racines chrétiennes de l’Europe. »3 (Benoît XVI)
Il est impossible de construire l’avenir sur des bases saines en niant le passé.
Les grandes idéologies du XXème siècle l’ont fait, elles ont conduit a la formation d’univers totalitaires.

1. Secrétaire du Saint Siège pour les Relations avec les Etats
2. « Le Figaro magazine » du 13 août 2004
3. Audience générale du mercredi 27 avril 2005

2► LA DIGNITÉ HUMAINE MENACÉE

Charte des droits fondamentaux de l’Union
Préambule : « il est nécessaire (…) de renforcer les droits fondamentaux à la lumière de l’évolution de la société, du progrès social et des développements scientifiques et technologiques. »
La dignité humaine est inviolable. Aucun être humain ne peut en être privé. Or la Charte des droits fondamentaux ne donne « pas de définition claire d’un droit aussi fondamental que celui de la vie. (…) Elle n’exclut ni la recherche impliquant la mort d’embryons, ni l’avortement, ni l’euthanasie, ni le clonage en vue de l’expérimentation et de la thérapie. »1
La dignité humaine est intangible et universelle. Elle ne peut dépendre d’une quelconque « évolution » de la société ou de la science. « La fixation par écrit de la valeur et de la dignité de l’Homme (…) implique une image de l’homme, une option morale et une idée du droit qui constituent des facteurs fondamentaux pour l’identité de l’Europe. » (Cardinal Ratzinger)2
La valeur sacrée de toute vie humaine doit être définitivement reconnue. Ne pas le faire c’est ouvrir la porte à toutes sortes de dérives éthiques.

1. Conférence des évêques d’Espagne, 4 février 2005
2. Discours du 13 mai 2004

3► LA FAMILLE SACRIFIÉE

Art III-124 : « … Une loi ou loi-cadre du Conseil peut établir les mesures nécessaires pour combattre toute discrimination fondée sur le sexe, la race (…) ou l’orientation sexuelle. »
« C’est par la famille que se déploie l’histoire de l’Homme, l’histoire de l’Humanité. » (Jean-Paul II)1 Le mariage monogamique est la structure fondamentale de la famille. Il doit être protégé et non pas assimilé à toutes sortes d’unions. Or sous couvert de « non-discrimination », les droits au mariage et à l’adoption des enfants seront automatiquement accordés aux couples homosexuels.
Dévaluer le mariage et la famille « cellule de base de la société », c’est sacrifier notre avenir.

1. Lettre aux familles, 2 février 1994

4► LE DÉNI DE LA NATION

Préambule : « Persuadés que les peuples d’Europe, tout en restant fiers de leur identité et de leur histoire nationale, sont résolus à dépasser leurs anciennes divisions et, unis d’une manière sans cesse plus étroite, à forger leur destin commun. »
Réalité incontournable, la nation n’est évoquée qu’une seule fois dans la Constitution. Le fait national reste aujourd’hui indispensable. « Grande éducatrice des hommes, la nation existe par la culture et pour la culture. (…) Le XXème siècle ne témoigne-t-il pas d’une incitation diffuse à avancer dans la direction de structures supra-nationales, ou même du cosmopolitisme ? Et cette incitation n’est-elle pas la preuve que, pour survivre, les petites nations doivent se laisser absorber dans des structures politiques plus grandes ? Il semble toutefois que, comme la famille, la nation et la patrie demeurent des réalités irremplaçables. » (Jean-Paul II)1
Ignorer les nations, c’est exposer l’Europe a une profonde crise d’identité.

1. Mémoire et identité, Flammarion, mars 2005

5► CONFISCATION DE LA SOUVERAINETÉ NATIONALE

Art I-6 : « La Constitution et le droit adopté par les institutions de l’Union, dans l’exercice des compétences qui sont attribuées à celles-ci, priment le droit des Etats membres. »
Confisquer la souveraineté des nations, c’est confisquer la liberté des peuples et condamner l’Europe à une balkanisation généralisée. L’article I-6 « veut dire très exactement que n’importe quel acte juridique européen, prévaut contre n’importe quel texte juridique français, même contre la Constitution française. Car c’est l’ensemble du droit européen qui prime sur l’ensemble du droit français. » (Romain Rochas)1 L’Europe doit se construire « dans le respect de la souveraineté de chaque peuple »2 rappelait Jean-Paul II en 1979 au Président de l’Assemblée européenne. A nouveau en 1980, il revenait sur le sujet et exhortait à « veiller par tous les moyens sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque nation en vertu de sa propre culture. Protégez-là comme la prunelle de vos yeux pour l’avenir de la grande famille humaine. »3
Prétendre construire la paix en supprimant la souveraineté des nations est un très dangereux paradoxe.

1. Chef de division honoraire de la Cour des comptes européenne
2. Discours du 5 avril 1979
3. Discours à l’UNESCO le 2 juin 1980.

6► LA SUBSIDIARITÉ TRAVESTIE

Art I-12-2 : « Lorsque la Constitution attribue à l’Union une compétence partagée avec les Etats membres dans un domaine déterminé (…), les Etats membres exercent leur compétence dans la mesure où l’Union n’a pas exercé la sienne ou a décidé de cesser de l’exercer. »
Repris dans la Constitution, le principe de subsidiarité est totalement inversé. C’est une imposture. L’Union s’intéresse d’abord à ce qu’elle peut faire pour déléguer ensuite des pouvoirs aux Etats. En réalité, « La subsidiarité réclame que l’autorité supérieure intervienne dans le seul cas où l’autorité inférieure est insuffisante. » (Chantal Delsol)1 Parce qu’en intervenant abusivement, l’Etat ou le super-Etat « prive la société de ses responsabilités (…), provoque la déperdition des forces humaines et l’hypertrophie des appareils publics animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d’être au service des usagers. » (Jean-Paul II)2
Ce n’est pas la subsidiarité qui prévaut dans la constitution, mais une conception jacobine du pouvoir.

1. Auteur de : Le principe de subsidiarité, PUF, 1993
2. Centesimus annus, n°48


7► PORTE OUVERTE A LA TURQUIE

Laisser la Turquie rejoindre l’Union européenne actuelle c’est, par l’effet de son poids démographique, livrer l’Europe à l’influence d’un pays musulman. Elaborée par Kemal Attaturk, la République laïque turque garde son fondement islamique. Au-delà du risque institutionnel, le danger turc est avant tout musulman. « L’entrée de la Turquie dans l’Union européenne serait anti-historique. Ce serait aller à l’encontre de l’âme européenne et des réalités, et donc une grande erreur. » (Cardinal Ratzinger)3
Dans l’ordre des moyens, dire non a la constitution est la seule façon d’empêcher la Turquie d’adhérer a l’Union.

1. http://europa.eu.int/constitution/download/final_act_fr.pdf
2. Député-maire UMP d’Yerres (92)
3. « Giornale del populo », cité par l’agence Zenit (ZF04092106), 21 septembre 2004


8► LE RÈGNE DE LA TECHNOCRATIE

Préambule : « assurés que, "unie dans la diversité", l’Europe leur offre les meilleures chances de poursuivre, dans le respect des droits de chacun (…) la grande aventure qui en fait un espace privilégié de l’espérance humaine. »




1. Jacques Chirac, « France 2 » le 3 mai 2005
Conséquences du vote NON

Les partisans du OUI parlent de conséquences désastreuses du non et d’un isolement fatidique de la France. Ils cherchent à susciter un réflexe de peur. Le NON à la Constitution ne débouchera pas sur un déclin de la France ni sur une régression de la construction européenne, bien au contraire.
D’abord, le Traité de Nice restera en vigueur. Loin d’être parfait, il a le mérite de bloquer l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.
Ensuite ce sera l’occasion de :
Redéfinir une Europe respectueuse de la réalité des peuples et des nations.
Relancer le débat autour de l’identité commune et des frontières.
Remettre à plat le fonctionnement des institutions européennes.
Donner à de nombreux Européens, réduits au silence ou à l’abstention, la possibilité d’être représentés.

« Le non ne signifie pas le chaos ; il est même opportun dans le contexte actuel. S’il vient de France, pays fondateur, il ne sera ni anodin ni méprisé : au contraire, il obligera les gouvernements à se mettre au travail. »
(François de Lacoste Lareymondie)1

1. Vice-président de la Fondation de Service Politique, cadre dirigeant d’un groupe bancaire, La Croix, 19 avril 2005

Ils ont dit…

« Ce nouveau négationnisme laisse croire que les chrétiens n’ont plus leur place en tant que telle dans un continent qu’ils ont pourtant façonné. » Joël-Benoît d’Onorio, Président de l’Union internationale des juristes catholiques La Croix, 3 octobre 2003.

« Par delà (…) la crise de la sécularisation et par delà l’aveuglement sur l’univers idéologique qui arrache l’Europe à elle-même, il serait mortel d’ignorer que le christianisme a été la matrice de notre culture. » Cardinal Lustiger, Nous avons rendez-vous avec l’Europe, Mame, 1991.

« Reconnaître l’héritage chrétien de l’Europe n’est pas une opinion mais un fait historique : c’est un regard de vérité porté sur notre histoire commune. » Elizabeth Montfort, (ancien député européen, conseiller régional d’Auvergne) Il est vivant, n°198.

« Il est regrettable qu’une fois de plus, la France, pays des Droits de l’Homme, ne montre pas l’exemple au sein d’une instance internationale, sur les questions d’éthique et de dignité de la personne humaine. Il en est de même pour la Constitution européenne qui n’interdit que le seul clonage reproductif (Article II-63d de la Charte des droits fondamentaux), ouvrant ainsi la voie aux autres types de clonage. » Christine Boutin, Présidente du Forum des républicains sociaux.

« Le principe même de la famille sera mis en cause : il suffit, pour s’en persuader, de lire la déclaration des associations homosexuelles qui ont annoncé solennellement, le lundi de Pâques, qu’elles voteraient « oui » en vertu des articles I-2 et 124 qui permettent, à terme, l’adoption des enfants par les couples homosexuels, au nom de la non-discrimination… » Philippe de Villiers, Valeurs Actuelles du 15 avril 2005.

« Si les choses continuent de la sorte –oui à la Constitution, impossibilité de bien gouverner cet ensemble hétéroclite avec ses problèmes économiques, sociaux et culturels, intégration, immigration, pulsions d’identifications religieuses, communautarisme, a fortiori si la Turquie entre dans l’Europe (scandale historique et contradiction absolue)- le destin de l’Union européenne à moyen terme, c’est-à-dire une vingtaine d’années, c’est la situation balkanique : des conflits entre des communautés, des groupes sociaux, pour reconquérir de l’identité, du pouvoir. » Max Gallo, Permanences, janvier-février 2005.

Pour en savoir plus…

Georges Berthu, L’Europe sans les peuples, F-X de Guibert, 2004
Constitution européenne, Sénat, Service des Affaires européennes, octobre 2004
Association pour la Fondation de Service Politique, Liberté politique, n°28, Oui ou non à l’Europe constitutionnelle ?, F-X de Guibert, février 2005
Permanences n°418, Sauver l’Europe !, janvier-février 2005